La ville de Bou Saâda figure parmi les oasis les plus emblématiques d’Algérie, alliant un riche patrimoine naturel à un cachet touristique unique. Ses palmeraies verdoyantes, ses oueds sinueux et ses montagnes majestueuses composent un paysage enchanteur qui attire visiteurs et touristes venus de différentes régions du pays et de l’étranger. Réputée comme porte d’entrée vers les étendues sahariennes, Bou Saâda bénéficie également d’un climat modéré et d’une diversité naturelle remarquable, entre dunes de sable et jardins luxuriants, ce qui en fait une destination touristique privilégiée tout au long de l’année.
Au-delà de son attrait touristique, cette richesse naturelle a fait de Bou Saâda un espace idéal pour le cinéma dès le début du XXe siècle. La caméra y fait son entrée dès 1923, marquant ainsi les premiers pas de la ville dans l’univers du septième art. Au fil des années, Bou Saâda s’impose comme un lieu de tournage prisé, grâce à la diversité de ses paysages et à ses décors naturels authentiques.
La ville a accueilli plusieurs productions étrangères dès une période précoce, notamment Tartarin de Tarascon du réalisateur Raymond Bernard en 1934, ainsi que South of Algiers, dont certaines scènes ont été tournées dans la région en 1953.
Bou Saâda a également séduit les cinéastes algériens. Elle a servi de décor à des œuvres majeures telles que Chronique des années de braise de Mohammed Lakhdar-Hamina, Palme d’or au Festival de Cannes, ainsi qu’à d’autres films comme Décembre et La Dernière Image. Des productions populaires comme Rih al-Djanoub, Le Taxi Caché ou encore Les Vacances de l’Inspecteur Tahar y ont également été partiellement tournées, sans oublier la série télévisée Es-Saylan réalisée par Ahmed Rachedi.
De nombreux cinéastes ont exprimé leur admiration pour la ville. Parmi eux, le réalisateur mondialement connu Moustapha Akkad, qui visita l’Algérie lors de la préparation de son film The Message (Le Message). Dans une déclaration accordée à la revue égyptienne Nisf Dunia (n°10, décembre 1994), il confia avoir été profondément séduit par les paysages de Bou Saâda et souhaitait y tourner son film, avant que des contraintes de production ne déplacent le tournage vers la Libye.
Par ailleurs, des témoignages historiques indiquent que le célèbre réalisateur américain Cecil B. DeMille avait envisagé, dès les années 1940, la création d’un studio cinématographique rattaché à Hollywood à Bou Saâda. De même, l’acteur et producteur Tony Curtis visita la région en 1977 afin d’étudier les opportunités d’investissement et la possibilité d’y implanter une infrastructure de tournage, convaincu par les atouts naturels et économiques de la ville.
Malgré cet héritage cinématographique riche, Bou Saâda souffre encore d’un manque d’infrastructures culturelles à la hauteur de son potentiel. Les acteurs culturels estiment qu’il est urgent de doter la ville d’un centre culturel moderne, comprenant une grande salle polyvalente à l’architecture contemporaine, capable d’accueillir projections cinématographiques, représentations théâtrales et grandes manifestations culturelles, tout en soutenant les initiatives artistiques locales.
Ils plaident également pour la relance du projet de création d’un village ou studio cinématographique, qui tirerait profit des atouts naturels de la région afin d’attirer réalisateurs et producteurs, tant nationaux qu’internationaux, et de faire de Bou Saâda un véritable pôle de l’image et du cinéma.
En outre, la ville a accueilli plusieurs manifestations cinématographiques, notamment l’ouverture des Journées de Kerdada du court métrage ainsi que le Festival africain du film court et documentaire de Kerdada. Ces initiatives confirment que Bou Saâda possède tous les atouts pour devenir une véritable ville du cinéma et du tourisme, conjuguant patrimoine artistique, richesse naturelle et développement culturel durable.
Ahmed Ben Qattaf