La bibliothèque Saâdan à Bou Saâda… Quand un lieu devient la mémoire d’une ville
Dans une ville où les repères changent chaque jour, où le tumulte de la modernité engloutit une partie de son passé, la bibliothèque Saâdan reste debout, fièrement enracinée dans la mémoire collective de Bou Saâda. Fondée en 1969, elle n’a jamais été un simple commerce de livres, mais bien un espace de savoir, de réflexion et un repère culturel pour plusieurs générations.
Selon de nombreux témoignages, la bibliothèque Saâdan serait la première bibliothèque de toute la wilaya de M’Sila. Une anecdote emblématique souligne son importance : après le découpage administratif de 1974, les autorités nouvellement installées à M’Sila ne disposaient pas encore d’un dateur officiel. Il leur a fallu se rendre à Bou Saâda, à la bibliothèque Saâdan, pour en obtenir un. Un geste symbolique qui montre que la culture précédait même l’administration.
Le premier responsable de la bibliothèque fut feu Mohamed Tayar, puis il fut remplacé par M. Kamel Foudhili, toujours fidèle au poste après plus d’un demi-siècle de dévouement. Il continue à porter haut la flamme du livre, malgré le passage du temps.
Témoignages de mémoire
Un habitué de la bibliothèque témoigne :
« Personne ne conteste que la bibliothèque Saâdan est un symbole culturel de Bou Saâda. C’est un lieu chargé d’histoire, qui respire les parfums du papier et de la mémoire. À la fin des années 90, je m’y rendais régulièrement pour consulter des ouvrages d’économie, rares mais précieux. J’y ai découvert la sérénité du savoir et la beauté du silence studieux. Je possède encore les livres que j’y ai achetés à l’époque. »
Un autre témoignage, celui de l’homme de médias Ahmed Ben Qattaf, directeur du site Bou-Saâda Info :
« Depuis mon enfance, j’ai acheté mes revues et journaux dans cette bibliothèque : El Watan Riyadi, Al-Mustaqbal, Koul Al-Arab, Al-Arabi, Al-Qabas, Asharq Al-Awsat, sans oublier la Revue Doha. J’ai découvert la lecture, la pensée critique et le goût du savoir à travers ses rayons. Des ouvrages comme La Chute de la colère ou encore Fiqh As-Sunna ont marqué mon éveil intellectuel. Ce lieu a façonné notre génération. »
Et il ajoute avec émotion :
« Un hommage du cœur à M. Kamel Foudhili, gardien infatigable de la bibliothèque, que je connais depuis longtemps et qui continue de m’appeler affectueusement “Baza”. Que Dieu le protège. Et une prière pour le regretté cheikh Thamer, une figure emblématique de ce lieu de lumière. »
Plus qu’une bibliothèque… Un salon culturel
La bibliothèque Saâdan n’a jamais été un simple point de vente. Elle a accueilli, au fil des décennies, des figures intellectuelles et politiques venues présenter leurs ouvrages, à l’image de l’ancien ministre Kamel Bouchama ou de proches du président Mohamed Boudiaf. Une activité qui rappelle celle de la mythique bibliothèque Al-Ijtihad à Alger avant les années 90.
Résister au temps et à l’oubli
Malgré la transformation du centre-ville en zone commerciale effervescente, la bibliothèque Saâdan a su préserver son identité. M. Kamel continue à s’y promener chaque jour, entre les étagères, conseillant, orientant, transmettant le goût du livre et du savoir.
Aujourd’hui encore, elle demeure un lieu de rencontre pour les intellectuels, les étudiants, les chercheurs, et tous ceux qui croient en la force silencieuse du livre. Aux côtés d’autres librairies résistantes – Al-Bassaïr, Al-Haramayn, Al-Ghazali, Qaradi – elle tient tête à l’oubli et aux écrans.
En conclusion
À l’ère du numérique et de la vitesse, la bibliothèque Saâdan reste un phare de mémoire et de connaissance, un repère culturel intemporel dans la ville de Bou Saâda.
Respect et reconnaissance à tous ceux qui ont construit, protégé et soutenu ce lieu emblématique de notre patrimoine local.
✍️ Bou-Saâda Info – Département Mémoire Culturelle
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🌐 www.bou-saada.info
📌 Traduit par Ahmed Ben Qattaf – Bengou DZ





