Djelloul Marbrook, le poète et écrivain contemporain américain d’origine algérienne (Bou-Saâda), vient de publier sur la page de mon groupe « Bou-Saâda, Diaspora et Nostalgie », une lettre au sujet du devenir des 174 œuvres picturales réalisées dans les années 30, par sa mère artiste peintre américaine Juanita Guccionne (1904-1999) et acquissent en 1990, par Sonatrach.
Juanita Guccionne a séjourné en Algérie de 1933 à 1935, sillonnant et saisissant sur le vif le Sud algérien, d’El Kantara à Biskra, puis remontant jusqu’au Nord, en Kabylie, à Aïn El Hammam (Michelet). Mais elle posa son chevalet plus longuement à Bou Saâda et y épousa Ben Aïssa Chihaba Ben Mabrouk. Union qui donna naissance de son unique enfant Djelloul Marbrook (Alger, 1934).
Elle y produisit une remarquable et importante série de peintures, de fusains, d’aquarelles et de dessins, arborant des «scènes et types» et des paysages algériens, dans un style que l’on peut qualifier d’orientaliste. Juanita renoncera plus tard à l’orientalisme. Aujourd’hui, son œuvre, variée, est également affiliée à l’école surréaliste.
Ce sont là plusieurs centaines d’œuvres, véritable patrimoine artistique témoignant de l’histoire de l’Algérie des années 1930, qui constituent cette collection, gardée jalousement par son unique héritier, Djelloul Mabrouk. Légataire testamentaire de sa mère, dont l’unique souhait est de voir les œuvres de sa mère exposées dans un musée de Bou-Saâda, sa ville d’origine.
Lettre de Djelloul Marbrook
« Concernant l’œuvre algérienne de ma mère, Sonatrach a acquis 174 peintures à l’huile, aquarelles et dessins, tous réalisés dans les années 1930 quand Juanita étudiait encore l’art. À l’époque, l’ambassade d’Algérie à Washington a sponsorisé une grande exposition de son travail. Lors de cette exposition, le Dr Chakib Khelil, alors ministre de l’énergie de l’Algérie, a parlé de la création d’un musée ou d’une galerie de musée consacré au travail de ma mère, parce qu’il célébrait la culture du peuple Ouled Nail et devrait leur appartenir dans le cadre de leur histoire. Sonatrach a ensuite fait don de cette œuvre avec beaucoup de cimaises au Musée des Beaux Arts d’Alger, et depuis lors, les peintures semblent avoir disparu. On dit aux gens qui font des enquêtes que le musée ne sait rien des peintures. C’est une tragédie. Je voulais dire que ces peintures appartiennent aux gens qu’elle aimait et célébrait. Lorsqu’elle est revenue aux États-Unis en 1934, beaucoup de ces peintures ont été exposées au Brooklyn Museum à New York. Ils ont donc une fine provenance, j’ai bien sûr des images de films de ces peintures. Peut-être qu’une archive cinématographique pourrait-elle être créée à Bou Saada, pour qu’au moins les habitants d’une ville qu’elle adorait puissent en profiter. »
Voilà, j’espère que ce cri de cœur de notre compatriote soit entendu et une enquête sérieuse, lever le voile sur cette énigme. La ville de Bou-Saâda, ville d’art et des artistes, mérite de recevoir l’ensemble ou une partie des œuvres de Juanita Guccionne, en créant une galerie dédiée à l’artiste, au niveau du musée Etienne Dinet.
Saadi Benhouhou







